SOFT POWER SÉNÉGALAIS : ET SI LE SÉNÉGAL PRENAIT ENFIN SA PLACE DANS LE RÉCIT MONDIAL ?

Il y a des conversations qui arrivent au bon moment. Celles qui nomment ce que beaucoup ressentent sans encore l'avoir formulé. Lundi 6 avril, à la Maison Madera, l'agence panafricaine Manosa organisait la Rencontre des Créatifs— un format d'échanges pensé pour réunir les acteurs qui, chacun à leur manière, façonnent l'image du Sénégal au monde. Autour de la table : EMMA : créatrice de contenu toutisme

MEDOUNE DIOP : Directeur de production chez Kalista prod

WALY BA: acteur et manager d’artiste

ABDOU LO: directeur d’agence de communication et marketing. Et une question posée sans détour : comment le Sénégal se raconte-t-il à l'international — et comment le faire mieux ?

Manosa, l'agence qui croit au récit africain

Derrière cet événement, une vision. Cofondée par Nono Mayindombe et Salamata Konté, Manosa est une agence panafricaine spécialisée dans la communication, l'influence et le Nation Branding. Depuis 2024, elle accompagne gouvernements, offices du tourisme, institutions et grandes marques dans la valorisation des territoires africains — leurs cultures, leurs talents, leur singularité. En 2026, avec une équipe renforcée et une vision consolidée, Manosa s'affirme comme l'une des rares agences africaines à articuler stratégie culturelle, influence et création audiovisuelle au service d'une ambition claire : faire rayonner l'Afrique à travers ses propres récits. L'événement du 6 avril, soutenu par Tap Tap Send et l'ASPT, s'inscrit pleinement dans cette mission.

Ce que les séries ont fait que la diplomatie n'a pas encore réussi

Le panel a ouvert sur un constat aussi simple qu'éloquent : beaucoup de voyageurs ont découvert le Sénégal à travers ses séries télévisées. Avant les campagnes, avant les chiffres, avant les discours institutionnels — c'est la fiction qui a séduit. Ce phénomène, loin d'être anodin, dit quelque chose d'essentiel sur la puissance du soft power culturel. La musique, le cinéma, le football — notamment depuis la dernière CAN remportée par les Lions — ont construit une notoriété que peu de stratégies officielles auraient pu générer seules.

Ce que je montre peut devenir la réalité de quelqu'un qui ne connaît pas le pays. Chacun, à son échelle, participe à construire l'image d'une destination — pour attirer, ou non. »

Emma Vidal : « Chacun de nous participe à construire l'image d'un pays »

Parmi les voix de ce panel, celle d'Emma Vidal, créatrice de contenu spécialisée dans le tourisme, s'est imposée avec clarté et conviction. Interrogée sur la responsabilité qui incombe aux créateurs dans la construction de l'image du Sénégal, elle répond sans hésiter — mais avec nuance.

« Je vis ça de deux manières. Il y a d'abord quelque chose d'émotionnel : je me sens un peu en mission pour l'Afrique, pour le Sénégal. Ce que je montre peut devenir la réalité de quelqu'un qui ne connaît pas le pays. Chacun, à son échelle, participe à construire l'image d'une destination — pour attirer, ou non. »

Mais Emma va plus loin. Pour elle, la responsabilité individuelle ne suffit pas. Elle se complète, nécessairement, avec celle de tous les acteurs locaux. Et c'est précisément là que réside, selon elle, l'enjeu de ce type de rencontre.

Elle identifie quatre piliers sur lesquels repose la force réelle du Sénégal à l'international : une destination businessd'abord — les hôtels dakarois sont majoritairement portés par des hommes et femmes d'affaires, des conférences, des organisations internationales ; une destination académique ensuite — le pays attire des étudiants de tout le continent pour des formations d'excellence en médecine, en architecture, en droit ; le football, bien sûr, qui a fait connaître le Sénégal dans les foyers du monde entier ; et enfin, une richesse culturelle profonde — un pays chaleureux, créatif, d'une générosité que peu de destinations peuvent revendiquer.

Le potentiel est là. Le récit, pas encore.

Mais Emma ne s'arrête pas aux atouts. Son regard est lucide, presque exigeant. « L'image du Sénégal est globalement positive — mais elle reste en deçà de ce que le pays est vraiment. Le meilleur du Sénégal n'est pas encore exportable. »

Un constat partagé par l'ensemble du panel : le Sénégal de 2026 n'est plus dans l'élan de 2020. D'autres pays africains — le Bénin, le Maroc — ont compris que le rayonnement se construit, se pilote, s'incarne dans une marque. Le Sénégal, lui, n'a pas encore franchi ce cap. Et dans un continent où la concurrence des récits est désormais réelle, l'inaction a un coût.

La conclusion est unanime : il est urgent de bâtir une marque pays désirable et exportable, portée par un storytelling assumé, une direction artistique cohérente, et une synergie entre créateurs, institutions culturelles et acteurs du tourisme. L'ASPT est citée comme l'organe naturel pour piloter cette ambition — à condition que la volonté politique suive.

Construire ensemble, maintenant

Ce que cette Rencontre des Créatifs a mis en lumière, au fond, c'est moins un manque de talent qu'un manque de cadre. Les créateurs sont là. Les histoires existent. La culture déborde. Ce qui manque, c'est une vision partagée — et une institution capable de la porter avec constance et ambition.

Manosa, par ses Rencontres des Créatifs, crée précisément cet espace : celui où la réflexion collective peut devenir, un jour, stratégie commune. Le Sénégal a tout pour rayonner. Il lui reste à décider, vraiment, de le faire.

Crédits photos : Ker digit

SUNU LUXURY

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ancré au Sénégal et en Afrique.

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